48 CHOIX DES LETTEES
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t chaude, mais elle doit être pendant quelque tempsinutile aux deux parties, parce qu'il ne pput y avoird'expérience ni d'un côté ni de l'autre. Un jeune hommequi conduit un autre jeune homme est 8emhl9.hle àl'aveugle qui en conduit un autre : " ils tomberont tousdeux dans le fossé." Le seul guide sûr est celui qui a faitsouvent le chemin que vous avez à suivre. Souffi*ez queje sois ce guide, moi qui ai parcouru tous les chemins, etqui conséquemment peux vous indiquer le meilleur. Sivous me demandez pourquoi j'ai suivi moi-même demauvais sentiers, je vous répondrai sincèrement que c'étaitfaute d'un bon guide. Les mauvais exemples m'attiraientdans un mauvais chemin, et je n'avais point de bon guidepour m'en indiquer un meQleur. Mais si quelqu'uncapable de me diriger eût pris pour moi les mêmes peinesque j'ai prises et que je continuerai de prendre pour vous,j'aurais évité mille folies et mille inconvénients dans les-quels une jeunesse sans guide m'a fait tomber. ******* Londres, le 11 Xbre, 1747. Mon chee Enfant, Il n'est rien que je désire plus de vous voir comprendreque le juste emploi et le prix du temps, et c'est là ceque bien peu connaissent; c'est ce que tous ont à labouche, mais ce que bien peu mettent en usage. Chaquesot, qui prodigue son temps à des bagatelles, débite ce-pendant quelque proverbe usé et commun, comme il yen a par millions, pour prouver à la fois le prix dutemps et la vitesse avec laquelle il s'écoule. Les cadranssolaires, par toute l'Europe, sont pareillement ornés dequelque ingénieuse inscription dans ce but; de sorteque personne ne perd son temps sans voir et sans enten-dre journellement combien il est ufec^a^îicô de k bien DB LOBD CKESTEBFÎELD. 49 employer et combien il est irréparable quand on le perd.Mais tous ces avertissements sont inutiles, lorsqu'il n'y apas un fonds de bon sens et de raison pour les suggérerplutôt que de les recevoir. Par la manière dont vous medites que vous employez maintenant votre temps, je meflatte que ce fonds vous le possédez ; c'est là ce qui vousrendra véritablement riche. Je n'ai donc point desseinde vous envoyer une dissertation critique sur le bonusage et sur l'abus du temps ; mais je me contenteraide vous donner quelques avis sur l'usage d'une portionparticulière de ce long temps que, je l'espère, vous avezdevant vous: j'entends les deux premières années quivont se présenter. Souvenez-vous donc que toute con-naissance dont vous n'aurez pas solidement posé les basesavant vôtre dix-huitième année, de votre vie vous nevous en rendrez maître. Le savoir est une retraiteagréable et nécessaire, un abri dans un âge avancé ;mais si nous ne le cultivons pas dans notre jeunesse, ilne nous donnera point d'ombre lorsque nous seronsvieux. Londres, le 29 Xbre, 1747. Mon chee Enfant, • *«***# N'oubliez pas, je vous prie, que posséder une langueimparfaitement ne vaut guère mieux que de l'ignorertout à fait : on est aussi peu porté à parler une languequ'on ne sait pas à fond, que les autres sont peudisposés à nous écouter. Nos pensées sont gênées et seproduisent sous un jour désavantageux, dans une languedont nous ne sommes pas complètement maîtres. Quel'histoire moderne occupe toujours une partie de vottetemps, et ne manquez jamais tfy ^o\xiÔJi^\«^ ^"ûj^^r»» ^'«^
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