L'ACCUEIL
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ous deux étaient beaux de corps et de visages,L'air francs et sagesAvec un clair sourire dans les yeux,Et, devant eux,Debout en leur jeunesse svelte et prompte,Je me sentais courbé et j'avais presque honteD'être si vieux. Les ansSont lourds aux épaules et pèsentAux plus fortesDe tout le poids des heures mortes,Les ansSont durs, et brèveLa vie et l'on a vite des cheveux blancs;Et j'ai déjà vécu beaucoup de jours.Les ans sont lourds.... Et tous deux me regardaient, surpris de voirCelui qu'ils croyaient autre en leur penséeSe lever pour les recevoirVêtu de bure et le front nuEt non pas, comme en leur pensée,Drapé de pourpre et lauré d'or. Et je leur dis: "Soyez tous deux les bienvenus."Ce fut alorsQue je leur dis:"Mes fils, quoi, vous avez monté la côteSous ce soleil cuisant d'aoûtJusqu'à ma maison haute,O vousQu'attend là-bas peut-être, au terme du cheminLe salut amoureux de quelque blanche main!Si vous avez pour moi allongé votre routePeut-être, au moins mes chants vous auront-ils aidés,De leurs rythmes présents en vos mémoires,A marcher d'un jeune pas scandéJe n'ai jamais désiré d'autre gloireSinon que les vers du poètePlussent à la voix qui les répète.Si les miens vous ont plu: merci,Car c'est pour cela que, chantantMon rêve, après l'avoir conçu en mon esprit,Depuis vingt ans,J'habite ici." Et, d'un geste, je leur montrai la chambre videAvec son mur de pierre et sa lampe d'argileEt le lit où je dors et le sol où, du pied,Je frappe pour apprendre au vers estropiéA marcher droit, et le calame de roseauDont la pointe subtile aide à fixer le motSur la tablette lisse et couverte de cireDont la divine odeur la retient et l'attireEt le fait, dans la strophe en fleurs qu'il ensoleille,Mystérieusement vibrer comme une abeille. Et je repris:"Mes fils,Les ansSont lourds aux épaules et pèsentAux plus fortesDe tout le poids des heures mortes.Les ansSont durs, la vie est brèveEt l'on a vite des cheveux blancs,Si quelque jour,En revenant d'où vous allez,Vous rencontriez sur cette même route,Entre les orges et les blés,Des gens en troupeMontant ici avec des palmes à la main,Dites-vous bienQue si vous les suiviez vous ne me verriez pasComme aujourd'hui debout en ma robe de laineQui se troue a l'épaule et se déchire au bras,Mais drapé de pourpre hautainePeut-être--et mortEt lauré d'or!" Je leur ai dit cela, pour qu'ils le sachent,Car ils sont beaux tous deux de corps et de visages,L'air francs et sagesAvec un clair sourire aux yeux,Parce qu'en euxPeut-être vit quelque désir de gloire,Je leur ai parlé ainsi pour qu'ils sachentCe qu'est la gloire,Ce qu'elle donne,Ce qu'il faut croireDe son vain jeu,Et que son dur laurier ne pose sa couronneQue sur le front inerte et qui n'est plus qu'un peuDéjà d'argile humaine où vient de vivre un Dieu. Here we have the modern tone in De Régnier. My own feeling at the momentis that his hellenics, his verse on classical and ancient subjects, islikely to be overshadowed by that of Samain and Heredia. I have doubtswhether his books will hold against the Cléopatra sonnets, or if he hasequaled, in this vein, the poem beginning "Mon âme est une infante enrobe de parade." But in the lyric odelette, and in this last given poemin particular, we find him leading perhaps onward toward Vildrac, andtoward a style which might be the basis for a certain manner F.M.Hueffer has used in English vers libre, rather than remembering theParnassiens.
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